Carême J-2 !

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Il reste deux jours. Deux jours avant d’entrer dans ce temps un peu à part que l’on appelle le Carême. Deux jours, ce n’est presque rien, et pourtant c’est souvent là que tout se joue. À J-2, quelque chose commence déjà à bouger à l’intérieur. Pas toujours clairement. Parfois c’est juste une légère tension, un sentiment diffus, comme si l’âme savait avant la tête que quelque chose approche. Le Carême n’a pas encore commencé, mais il est déjà là, en filigrane. Ce moment précis mérite qu’on s’y arrête, car le Carême n’est pas une porte que l’on franchit d’un seul pas. C’est plutôt un chemin qui s’annonce doucement, presque timidement.

Ces deux jours sont une invitation. Pas une obligation. Une invitation à se rendre disponible. Disponible à soi, disponible à ce qui demande à être regardé, disponible aussi à ce qui demande à être apaisé. Beaucoup de personnes associent encore le Carême à des règles, des privations, des efforts austères. Pour certains, c’est un souvenir d’enfance lié à une pratique religieuse imposée, parfois mal comprise. D’autres s’en sont éloignés depuis longtemps, pensant que ce temps n’était plus pour eux. Et pourtant, le Carême, lorsqu’on le regarde autrement, peut devenir un espace profondément humain. Un espace de respiration dans une vie souvent saturée. Un temps pour ralentir sans tout arrêter, un temps pour écouter sans devoir répondre immédiatement.

À J-2, vous n’avez encore rien à réussir, rien à prouver, rien à changer de manière radicale. Vous pouvez simplement commencer par reconnaître que vous êtes en chemin. Ce chemin commence souvent par une question très simple, mais rarement posée honnêtement : de quoi ai-je vraiment besoin en ce moment ? Pas de quoi ai-je envie, pas de quoi devrais-je faire selon les autres, mais de quoi ai-je besoin, là, maintenant, dans ma vie telle qu’elle est. Cette question peut déranger, mais elle peut aussi libérer. À deux jours du Carême, elle agit comme une lampe douce, pas comme un projecteur agressif. Elle éclaire sans juger.

Peut être avez vous besoin de silence. Peut être avez vous besoin de remettre de l’ordre. Peut être avez vous besoin de pardon, donné ou reçu. Peut être avez vous besoin de repos, ou au contraire d’élan. Le Carême n’est pas là pour ajouter un poids de plus. Il est là pour alléger, même si cela passe parfois par un inconfort temporaire. À J-2, il est encore temps de désamorcer les fausses attentes. Le Carême n’est pas une performance spirituelle, ni un concours de discipline. Ce n’est pas non plus une parenthèse irréaliste coupée du reste de l’année. C’est un temps réel, ancré dans la vie quotidienne, entre fatigue, responsabilités, relations complexes, doutes et joies simples.

Ce qui compte n’est pas tant ce que vous allez enlever que ce que vous allez laisser émerger. Il y a parfois une peur diffuse à l’idée du Carême. Peur de ne pas tenir, peur de ne pas être à la hauteur, peur aussi de ce que l’on pourrait découvrir si l’on ralentit vraiment. À J-2, cette peur peut être regardée avec bienveillance. Elle ne disqualifie pas, elle indique simplement que quelque chose compte. Vous avez le droit d’entrer dans le Carême avec vos résistances, sans certitudes, fatigué, sceptique, ou même un peu fermé. Le Carême n’exige pas une foi parfaite. Il accueille une foi fragile, une foi en question, ou parfois une simple curiosité intérieure.

Dans deux jours, le rythme changera légèrement. Mais aujourd’hui, à J-2, le temps est encore souple. C’est un temps de préparation intérieure, pas d’organisation extérieure. Inutile de tout planifier, de tout contrôler, ou de se comparer aux autres. Votre Carême sera le vôtre, ou il ne sera pas. Prenez un instant pour observer votre vie telle qu’elle est, pas telle qu’elle devrait être selon des idéaux abstraits. Regardez vos journées, vos habitudes, vos pensées récurrentes, vos fatigues et vos élans. Qu’est ce qui prend trop de place ? Qu’est ce qui n’en prend pas assez ? Ces questions n’attendent pas de réponse parfaite. Elles ouvrent simplement un espace, et parfois ouvrir un espace est déjà un acte spirituel.

À J-2, il peut être précieux de poser une intention simple. Pas un programme complexe, pas une promesse héroïque, juste une orientation intérieure. Décider par exemple de porter plus d’attention, à soi, aux autres, à ce qui se vit en profondeur. Décider de créer un peu plus de silence, même quelques minutes par jour. Décider de poser un regard plus doux sur ses propres limites. Et si aucune intention claire ne vient, ce n’est pas un échec. Vous pouvez entrer dans le Carême en disant simplement : je suis là. Cette phrase imparfaite contient déjà une grande ouverture.

Rappelez vous que le Carême n’est pas une fuite du monde. Il n’est pas un rejet du corps, des plaisirs ou de la matière. Il est une tentative de réconciliation, une manière de remettre de l’ordre entre l’essentiel et l’accessoire. Dans un monde saturé de bruit, de vitesse et de sollicitations constantes, le Carême peut devenir un acte de résistance douce. Une manière de dire que tout n’est pas urgent, que tout n’est pas indispensable, que tout ne se vaut pas. Ce n’est pas un refus de vivre, mais une manière de vivre plus juste.

À J-2, vous pouvez déjà commencer à ralentir légèrement. Observer vos gestes, respirer plus consciemment, écouter vraiment lorsque quelqu’un vous parle, vous accorder un moment sans écran. Ces gestes simples préparent le terrain. Ils ne demandent pas d’effort surhumain, seulement une présence un peu plus grande. Le Carême, au fond, n’est pas une question de renoncement, mais de choix. Choisir ce qui nourrit vraiment, ce qui mérite votre attention, ce qui vous rapproche de la vie, de la paix et de la profondeur.

À deux jours du départ, il est encore temps de déposer ce que vous portez inutilement. Pas tout, juste un peu. Vous n’avez pas à tout comprendre maintenant. Le chemin se dévoilera pas à pas. En ce Carême J-2, prenez ce temps comme un seuil. Un espace entre ce qui a été et ce qui vient. Un moment pour respirer avant d’avancer. Le Carême arrive, et vous êtes déjà en chemin.

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